André Inizan

1924 - 2016


André Inizan s'est éteint. Pour ceux à qui ce nom ne dit rien, il était simplement un des derniers grands représentants de l'École de psychopédagogie française. Il était surtout le spécialiste le plus accompli du domaine de la lecture-écriture. Il reste heureusement quelques personnalités très compétentes en la matière, mais ce qui distinguait André Inizan était une connaissance profonde et exhaustive, par son parcours professionnel (il a exercé dans tous les postes en rapport avec le sujet, d'instituteur à professeur d'université) et la qualité de son travail scientifique qui est d'une complétude remarquable. Il n'avait jamais cessé de travailler.

Prônant une étude systématique de la combinatoire, auteur d'une méthode de lecture-écriture particulièrement bien structurée dont le but est l'apprentissage effectif par tous les enfants, créateur de batteries de tests qui font toujours référence et surtout personnalité scientifique d'exception, André Inizan avait posé les bases d'une "révolution dans l'apprentissage de la lecture". Il portait une grande attention aux problèmes rencontrés par de très nombreux enfants et avait exposé bien avant d'autres un état des carences pédagogiques.
Il n'a cependant jamais pu se faire entendre. À l'heure où les enseignements élémentaires français conjuguent graves défaillances et terribles inégalités, ses appels ne recevaient pas de réponse ou alors des lettres types. Homme de conviction, il fut longtemps un militant socialiste avant, comme bien d'autres, de renoncer à cet engagement.

Il y a près de 10 ans alors que je cherchais à comprendre les raisons du lent effondrement de notre système d'enseignement et son caractère inégalitaire, j'avais, par manque de temps, pris le parti de ne consulter que celui qui m'apparaissait comme le meilleur spécialiste. Étonné de ma démarche, il m'avait demandé pourquoi je n'étais pas allé voir untel ou untel bien exposés dans les médias. Je lui avais répondu qu'ils étaient des "illettrés du supérieur". Il en avait bien ri. Depuis je prenais à l'occasion le chemin de Beaumont-sur-Oise où il résidait. Il recevait volontiers; Christine Desaubry et Karim Boudjemaà ont rapporté un dernier entretien dans la revue de l'Afpen.


Il y a quelques années Jean-Jacques Moine, qui considérait beaucoup André Inizan, m'avait dit qu'il était "oublié". Et effectivement sa disparition n'a pas suscité le moindre écho.   Récemment il demeurait toujours à Beaumont, bien seul après la disparition de son épouse, affaibli par l'âge et souffrant de graves problèmes de vue.
Il m'a donné là, devant le verre que nous ne manquions jamais de prendre ensemble, sa dernière leçon d'humanité.
C'était mon ami.

Guillaume Fumanal

p.s. j'invite ses amis à me faire parvenir des textes évoquant André et son oeuvre (contact[arobase]inizan.fr)